angele

Parmi les mytiques chrétiens, Sainte Angèle de Foligno (1248 -1309) est célèbre pour l’extraordinaire intensité avec laquelle elle a vécu un très grand nombre d’extases et de visions, et la manière dont elle en a parlé. Je la cite après le texte le plus connu et facile à trouver, car le traducteur, Ernest Hello, a su faire passer dans sa version française, le souffle et la folie d’amour que le rédacteur original était loins capable de rendre.
« Si j’essaie de parler de la vie éternelle, il me semble qu’au lieu de parler, je blasphème et qu’au lieu de cultiver, je dévaste. S’il faut dire quelque chose, je dirai que les dons que reçoivent les saints dans la vie éternelle sont des délectations de l’âme par lesquelles Dieu augmente sa capacité pour Le saisir et pour Le tenir. Oh! quand Dieu se présente à l’âme, quand le Seigneur découvre Sa face, Il dilate l’âme et verse dans cette capacité subitement agrandie des joies et des richesses inconnues; »

Plus loin :

« Au moment où j’y pense le moins, mon Seigneur et mon Dieu m’emporte tout à coup. Et j’embrasse le monde, et il ne me semble plus être sur terre, mais dans le ciel, et en Dieu. Les hauteurs de ma vie passée, sont bien basses près de celles-ci. O plénitude, plénitude ! ô lumière remplissante, certitude, majesté et dilatation, rien n’approche de votre gloire ! »
Or, cet éblouissement de Dieu, je l’ai eu plus de mille fois, et jamais il n’a ressemblé à lui-même, éternellement varié et nouveau à jamais. 

et encore :

Souvent mon âme est élevée en Dieu à de si foudroyantes joies que leur durée serait intolérable au corps qui laisserait là sur place ses sens et ses membres.

Il y a un jeu que Dieu joue quelquefois dans l’âme et avec l’âme, c’est de se retirer, quand elle veut le retenir mais la joie et la sécurité qu’il laisse en se retirant, disent à l’âme « c’était bien lui ! « . Oh ! quelle vue et quel sentiment, ne demandez ni explication ni analogie ; il n’y en a pas.
Cette illustration, cette jouissance, cette délectation, cette joie sont chaque jour différentes d’elles mêmes.
Chaque extase est une extase nouvelle, et toutes les extases sont une seule chose inénarrable. Les révélations et les visions se succèdent sans se ressembler . Oh ! ne me faites plus parler. je ne parle pas, je blasphème ; et si j’ouvre la bouche, au lieu de manifester Dieu, je vais le trahir. »